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Senteurs apprivoisées Tristan Zilberman - Reportages Senteurs apprivoisées

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Du brin de lavande au flacon d'essence

Il vous suffit de parcourir la basse Ardèche et de porter le regard sur son sol pierreux et aride, pour imaginer la vie de ses paysans, rude vie faite de labeur et d'obstination pour arracher quelques maigres ressources à cette terre qui ne donne " rien sans rien ".
Cette vie, c'est un peu celle de Robert Delauzun. De la ferme familiale organisée en économie de subsistance, Robert a choisi la lavande.
La lavande en Provence, c'est un don de la nature. Pourtant , s'il avait suffit de récolter et distiller, s'eut été simple…

Quand en 1954, il décide de " faire de la lavande ", il sait qu'il lui faudra deux ans avant la première récolte. Au début la coupe se fait à la main comme c'était souvent le cas dans nos campagnes (pour les foins par exemple). Les pieds de lavandin sont disposés en quinconce et le récolteur de couper un coup à droite, un coup à gauche. Aujourd'hui, ce sont des rangées bien rectilignes permettant le passage de la machine.
A propos de machine, Robert s'est équipé en 1966 :
Un certain M. Boudain résidant dans la Drôme avait inventé une machine révolutionnaire. Le prototype avait fait ses preuves. Il permettait de couper, lier et mettait les fagots en andins. Robert voulu moderniser sa méthode de travail et se porta acquéreur du prototype qu'il utilisa jusqu'en 1969 date à laquelle il changea de modèle. Le binage et la plantations furent eux aussi mécanisés.
Afin de rentabiliser ce nouvel outil, Robert dû proposer ses services mécanisés aux autres producteurs locaux. Durant la saison de la coupe, soit environ deux mois par an, il était appelé de Villeneuve de Berg à Barjac, en passant par Ruoms ou Lanas, pour ses prestations de services, et ce jusque dans le début des années 80. Et pendant ce temps là… il devait faire appel à de la main d'œuvre extérieure pour sa propre récolte !

Au début de son activité, Robert, comme d'autres producteurs de la région, emmenait sa récolte à distiller dans la Drôme. Un énorme camion était affrété par plusieurs d'entre eux jusqu'à Montbrison prés de Valréas. A chaque voyage, ce pouvait être jusqu'à 500kg de lavandin perdus, entre les passages sous les ponts, sous les platanes qui bordaient les routes, autant d'obstacles pour un chargement des plus périlleux…C'est ainsi que l'idée lui vint de créer la distillerie sur place, ce qu'il fit en 1969. Il adopta le système " Isseryc " qui était fabriqué à Nyons. Dès lors, toute la production de la région passa par la distillerie Delauzun. Les clients devaient prendre rendez-vous et la gestion du planning était rigoureuse.

La machine à récolter le lavandin se présente comme un gros tracteur qui aurait son moteur à l'arrière ce qui donne l'impression au spectateur non averti que le tracteur roule en marche arrière. A l'avant c'est un bras en deux parties qui permet de relever les tiges de lavande, de les amener par un système de vis sans fin vers le " ventre " de la machine où elles sont sectionnées et liées avec de la ficelle puis rejetées sur le bas côté.
Il est important de régler la hauteur de coupe et le degré de pressage. En matière de lavande, on récolte les pousses de l'année, les plus riches en essence. Quant aux fagots, ils ne doivent pas être trop compressés pour permettre le séchage et éviter le pourrissement.
La coupe, s'effectue avec une organisation bien précise qui facilitera le ramassage puisque celui-ci se fait manuellement : trois rangs sur pied se retrouveront, une fois coupés, sur un seul et même andin. A ce stade il seront chargés à la fourche sur une remorque avant d'être emmenés à la distillerie.

Des fagots de lavandin arrivent à la distillerie. Il va falloir en extraire l'essence.
Ces fagots vont être disposés et serrés dans des cuves recouvertes d'une grille appelée " panier " sur laquelle viendra se placer un couvercle permettant une fermeture hermétique indispensable à la montée en pression (ce qui n'est pas le cas sur les photos qui montrent les fuites de vapeur d'eau autour des cuves) .
Une vapeur d'eau abondante y sera diffusée et se chargera en essence de lavande, puis s'en ira refroidir à l'intérieur d'un serpentin circulant dans une cuve d'eau froide. Cette eau froide arrivant de la source de Fontvive, permettra, en étant renouvelée sans cesse, le maintien d'une basse température. Elle s'évacuera ensuite dans les terres après avoir, servi, au passage, à l'élimination des cendres sous le foyer de la chaudière .
Lors du refroidissement la vapeur retournera à l'état liquide. L'essence qui était emprisonnée dans la vapeur d'eau, remontera en surface puisque plus légère. Grâce au séparateur elle sera recueillie dans des seaux pendant que l'eau, plus lourde, sera éliminée. L'essence sera ensuite stockée en bidons métalliques pour être commercialisée ou conditionnée en flacons. Une fois celle-ci extraite, le résidu de paille sera retiré des cuves au moyen d'une poulie (il prend l'aspect d'un énorme fagot moulé aux dimensions de la cuve) et brûlé soit dans la chaudière pour créer de la vapeur d'eau, soit au brûleur. La paille de lavandin est un bon combustible qui chauffe très rapidement même mouillée (contrairement au bois). Cependant, stockée en grande quantité, elle peut occasionner des incendies, il est donc recommandé de la brûler au fur et à mesure.
La distillerie fonctionne avec deux cuves. Pendant que l'une est sous pression, la seconde est vidée puis rechargée à la fourche depuis la remorque (une remorque permet d'alimenter environ dix cuves). Il faut environ 45' pour extraire l'essence d'une cuve de 3000 litres.

Le mot " lavande " vient du verbe latin " lavare " qui signifie laver. On sait en effet que bien avant nous, les belles Romaines aimaient prendre des bains parfumés dans lesquels avaient préalablement macéré quelques branches de lavande.
Ce sont les immigrés Italiens qui au sortir de la première guerre mondiale ont commencé la cueillette de la lavande qu'ils allaient chercher du côté du Mont Ventoux. Le lavandin cultivé par Robert Delauzun, à savoir le " Grosso ", est une variété hybride, entre la lavande sauvage que l'on trouve en altitude à partir de 400m et l'Aspic, autre lavande sauvage mais de basse altitude.
Avec 3000 litres de paille on peut espérer 8 à 10 kg d'essence soit 920 gr./litre à 20° C. Le prix de l'essence de lavande suit un cours officiel qui varie en fonction de l'offre et la demande. Par exemple, ce cours est passé de 60 F à 90 F le Kilo durant une même année.
La production annuelle d'essence a été, pour l'exploitation Delauzun, de 900 Kg environ dans les année 1990. Normalement un pied de lavande peut produire pendant 10 à 15 ans, si aucune maladie n'apparaît. Ce fut le cas une année où tous les pieds ont dû être arrachés à cause d'un virus dans la racine et tout les champs replantés d'une variété nouvelle.

Michèle Soullier

VENTE DE DIGIGRAPHIES


Date : Juillet Aout 2000

Lieu : France, Ardèche

Materiel :

Boitier Canon T90

Objectifs FD 24,35,50 et 135mm

Films Agfa APX 100 et 400