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Merci aux chasseurs de Saint-Martin sur Lavezon de m’avoir permis de les suivre durant la saison 2002/2003.
Quand j’ai parlé à mes amis de mon projet de reportage photo sur la chasse, je me suis amusé à observer leurs réactions.
Leur surprise tout d’abord, car tous connaissaient mon aversion pour cette pratique. En effet, comme beaucoup de citadins ayant grandi loin des traditions du monde rural, la chasse avait toujours évoqué pour moi, la cruauté humaine face à l’innocence du monde animal.
Arrivé, il y a quelques années en basse Ardèche pour mon travail, je me suis retrouvé dans un petit village qui comme beaucoup de villages de la région, vivait six mois par an, au rythme de la chasse et plus particulièrement, de la battue au sanglier. Je voyais ces rassemblements de véhicules tout-terrain, fourgonnettes et autres voitures passe-partout, stationner sur la place. Les chiens parqués une bonne partie de l’année dans leur enclos, allaient enfin s’abandonner à leur instinct. Les hommes en kaki, fusils en bandoulière, mettaient en place des stratégies pour leur partie de traque. Etrange univers d’initiés. Vu de l’extérieur, c’était inquiétant. Les promenades en forêt devenaient aventures périlleuses.
En même temps, au col de l’Escrinet, chasseurs et écologistes s’affrontaient sur la question des oiseaux migrateurs. Les médias s’en mêlaient et le fameux col devint, petit à petit, un lieu hautement symbolique de résistance, pour chacune des parties.
Pourquoi tant de passions autour de ce sujet. Pourquoi la chasse focalisait-elle autant de haine ? N’était-elle pas devenue une sorte de vecteur, canalisant les frustrations des uns et des autres.
D’un côté, il y a les hommes de la terre. Ils y sont nés, ils y ont grandi. Leur père et leur grand-père ont chassé, ainsi que toute leur famille depuis la révolution. La nature, ils la connaissent et ils voient d’un très mauvais œil les « donneurs de leçons » venus de la ville.
Les donneurs de leçon venus de la ville ont une conscience aiguë de ce qui est bon pour la –nature. Ils ont fait de la chasse leur cheval de bataille. Ils sont si sûrs de la justesse de leur combat. A leurs yeux, le chasseur ne peut-être qu’un individu inculte et incapable de discernement. Bref, un monde d’incompréhension !
Au delà du schéma simpliste, on trouve, parmi les chasseurs, toute sortes de motivations :
Celui pour qui la chasse signifie se retrouver entre collègues ou celui qui y va par habitude…Après quelques bonnes anecdotes et un casse-croûte convivial, il ira sagement se ranger à son poste et attendra, parfois toute une journée, le passage de l’animal.
Il y a le passionné qui voit dans la chasse un sport en même temps qu’un acte salutaire quand il s’agit de sangliers. Celui-ci fera le pied ou sera meneur de chiens.
On trouve également le fou du fusil. Celui qui existe par son arme ou par la quantité de gibier abattu. Puis, il existe aussi le chasseur paisible et solitaire, l’amoureux de la nature qui promène son chien et son fusil.
Quant à l’ « écolo » dont je me sens, sur certains débats assez proche, je ne peux que déplorer les formes extrémistes qui consistent à mettre tout ce qui porte un habit kaki dans le même panier. C’est souvent une méconnaissance du milieu rural qui occasionne ces positions radicales, sources de tant de polémiques.
Quand je vois les grand conflits mondiaux, les Balkans, la Palestine…avec chacun des belligérants cristallisés sur ses positions, je me dit qu’à une échelle moindre, le différent chasseurs / écolos, relève du même principe : Vision restrictive de l’autre, qui pousse au mépris et à la haine.
L’idée du reportage sur la chasse me trottait donc dans la tête depuis un certain temps. Mais comment entrer en contact dans ce milieu quelque peu fermé pour qui n’est pas chasseur et de surcroît « pas du coin » ?
C’est en m’installant sur la commune de Saint-Martin sur Lavezon que l’opportunité s’est présentée. D’entrée, je me lie d’amitié avec mon voisin. Il est chasseur. Au village, on me connaît pour avoir réalisé quelques petits travaux photos lors de festivités locales. Quand j’ai proposé de les suivre à la chasse, ils ont accepté. Ils ont même trouvé l’idée sympathique. Je leur ai promis de leur faire les tirages des photos qui leur plairaient.
Mon premier jour de chasse, je me levai à 6H du matin pour aller faire le pied avec Jacques. Le pied consiste en un repérage des empreintes de sangliers. En fonction de la réaction du chien, le chasseur peut estimer si le passage de l’animal est récent ou non. Cette opération se fait simultanément sur différents secteurs. Quand un sanglier a été repéré sur une zone, la battue peut s’organiser. Le chef de battue place alors ses troupes. Chacun a un poste très précis dont il ne doit pas bouger, au risque soit de manquer l’animal lors de son passage, soit de se mettre lui même en danger.
Me voilà parti, bardé de tous mes appareils photo, à tenter de suivre cet « homme des bois ». Deux heures au rythme commando, à grimper la montagne par la perpendiculaire, à se faufiler entre les branches, à franchir les flaques de boue…pour enfin le repérer !
« Pas d’erreur, Poupette frétille de la queue. Le sanglier est passé par là, il y a moins d’une heure… Vite, redescendons. Il faut une équipe sur la route des Audouard et une autre sur la route de Meysse…je mettrai quelques types vers le pré du moulin »
En quelques minutes, il avait élaboré sa stratégie. Il connaissait la commune comme sa poche et pour cause, depuis plus de quinze ans, il chassait deux ou trois fois par semaine.
Le point de ralliement, c’est la place du village. Après un bon casse-croûte, tout le monde est prêt à aller se poster. Le sanglier n’a qu’à bien se tenir !
La deuxième étape de la battue consiste donc en une traque de l’animal. Il faut le débusquer, le pousser dans ses retranchements. C’est le travail des meneurs de chiens. Là encore, la tâche est plutôt sportive. Quand l’animal sort, les chiens interviennent pour rabattre le gibier vers les hommes postés qui, dès lors peuvent faire feu.
Ce jour là, j’ai tenté de suivre les meneurs de chien, mais comme j’allais les rejoindre, j’ai entendu autour de moi des cris et des aboiements, puis des balles ont fusé. Je n’ai eu que le temps de me réfugier derrière un arbre et sans bouger, j’ai attendu que tout ce tintamarre se calme.
« Qu’est-ce que je fais là au milieu ? ». C’est vrai, je me suis posé la question. Puis en retournant à la route, j’ai aperçu quelques types en train de discuter. Le débat semblait animé. C’était un groupe de chasseurs. Philippe, un jeune éleveur qui fait du mouton, était avec eux. Je m’approchai et compris que Philippe se plaignait car une partie de la battue s’était déroulée dans ses pâturages, alors que des troupeaux s’y trouvaient. Les bêtes s’étaient agglutinées les unes contre les autres, terrorisées par l’agitation et les coups de feu.
« Je vous l’ai dit… » s’évertuait à expliquer Philippe
« Je ne vous interdit pas de chasser chez moi…mais non de Dieu, pas quand il y a les bêtes ! »
« C’est toujours pareil avec vous les paysans…vous êtes les premiers à râler quand les sangliers labourent vos cultures…On vous débarrasse d’un fléau et encore vous n’êtes pas content…vous devriez nous dire merci ! »
« Je vous le répète, je ne vous empêche pas de chasser dans mes terres, simplement, si vous savez que la battue doit se faire dans un de mes parcs, dites le moi pour que je déplace le troupeau…c’est quand même pas compliqué ! » conclut Philippe, puis il s’éloigna.
« Il exagère » continua l’un des chasseurs
« Ses moutons, on les a rabattu dans un coin du parc pour éviter les problèmes. »
« De toutes façon, on a tort…on aurait pas dû chasser là, un point c’est tout ! » rétorqua un autre.
Cet incident m’avait mis mal à l’aise. Je voulais comprendre pourquoi, ils avaient pris cette liberté de chasser au milieu des moutons, au mépris de tout respect pour le bien autrui.
Quand j’en reparlai plus tard, on me répondit :
« C’est toujours pareil, les gars qui ne sont pas d’ici, ils font un peu ce qu’ils veulent. C’est toujours avec eux qu’il y a des histoires. Nous, on fait gaffe, on veut se fâcher avec personne et surtout pas avec Philippe, c’est un type bien ! »
Je compris alors, que parmi les chasseurs aussi, il y avait des différences de points de vue et des conflits.
Le lendemain, je ne participai pas à la battue, mais le soir, un voisin vint me chercher et me proposa de venir assister à la séance de dépeçage et de découpage. Ils avaient tué un sanglier de 102 Kg ainsi qu’un chevreuil. Je me rendis donc au lieu où se déroulaient les opérations de boucherie.
Au delà de la surprise, et de quelques sarcasmes des plus radicalement « anti-chasse », mes amis voulurent comprendre ce qui avait motivé mon choix. C’était en fait, assez simple.
Michèle Soullier
VENTE DE DIGIGRAPHIES
Date : Automne Hiver 2002 2003
Lieu : France, Ardèche
Materiel :
Boitier Nikon F4s, Contax N1 et G2
Objectifs Sigma 24-70mm 1:2.8, Nikon 20mm et 80-200mm 1:2.8. Contax N 24-85mm. Contax G 20mm et 45mm
Films Ilford FP4+, HP5+ et Fuji Acros

